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Faire revivre le Sameen : comment les Issa Gande et les Ogaas adaptent un code ancien aux temps modernes

Faire revivre le Sameen : comment les Issa Gande et les Ogaas adaptent un code ancien aux temps modernes

Djibouti, zone de Sitti et Gubn – Plus d’un siècle après la codification du Xeer Issa, cadre juridique et social traditionnel du peuple somalien Issa, un mécanisme essentiel est en cours de restauration. Le système Sameen – une contribution annuelle qui servait autrefois à faire vivre le Gande (conseil traditionnel des anciens et organe exécutif) et à soutenir la communauté – est relancé en 2026, alliant principes ancestraux et réalités urbaines contemporaines.

Les fondements : un code de subsistance et de devoir

Après la codification initiale du Xeer Issa, les articles permettant spécifiquement au Gande de subsister, de fonctionner correctement et de s’acquitter de ses fonctions furent débattus et intégrés au code pour diffusion et mémorisation. Le rôle du Gande et de son chef, l’Ogaas, n’était pas purement cérémoniel ; il nécessitait un soutien matériel.

Le protocole d’établissement originel des Gande obéissait à un ordre strict et sacré. Après une reconnaissance, un campement était choisi selon quatre critères essentiels : l’abondance d’eau, des pâturages riches et suffisants pour nourrir tous types de troupeaux pendant toute une saison, une végétation dense et ombragée, et une sécurité maximale – loin des ennemis connus et des routes commerciales reliant l’intérieur des terres à la côte. La durée d’un campement dépendait entièrement des conditions météorologiques et des habitudes de campement sans cesse changeantes des Issa.

Une règle marquante, illustrant l’interdépendance communautaire, interdisait au Gande d’apporter ses biens personnels de subsistance dans la zone de campement. Il était autorisé à s’y installer avec une seule épouse. Tous les moyens de subsistance devaient être fournis par la communauté Issa. Le fonds collectif ainsi constitué est appelé Minayo.

Le système Sameen : un impôt devant l’État

Le Minayo était constitué grâce à la collecte annuelle d’une contribution (Sameen) auprès de chaque foyer Issa. Ce fonds finançait :
la subsistance du Gande ;
l’aide aux familles en difficulté suite à des sécheresses ou des catastrophes naturelles ;
l’aide aux nouveaux mariages
 ; le financement des efforts de défense et de sécurité ;
le règlement des frais d’accueil et du protocole diplomatique ;
et le financement de projets de développement pour la communauté.

Pour satisfaire ces dépenses, le Guddi (le conseil des décideurs) à Djibouti, Guban et Sitti a relancé le système Sameen : chaque membre d’une famille rurale payait un Sameen par an.

Abolition, survie et transformation

En 1956, le pouvoir colonial fasciste italien dissout le Gande. Après la victoire des Alliés et le retour des Nugus exilés, l’Ogaas Issa est installé à Dire Dawa avec le Grande pour reprendre ses activités. L’Ogaas est admis au sein du cortège royal et placé sous l’autorité administrative du gouverneur de Harargue.

La révolution éthiopienne de 1974, déclenchée par la famine, l’inflation et les troubles sociaux, mit brutalement fin au règne de 58 ans d’Haïlé Sélassié. Une junte militaire, le Derg, s’empara du pouvoir et instaura un régime marxiste-léniniste brutal dirigé par Mengistu Haïlé Mariam. Fait remarquable, les Gande et les Ogaas survécurent à toutes ces périodes tumultueuses, y compris la guerre de libération de 1977. Au lieu de les abolir, le gouvernement révolutionnaire autorisa le versement de subventions aux Issa Ogaas et aux Gande.

En 1994, Ogaas Hassan décéda. Après une longue période d’interruption, Ogaas Mustaphe fut intronisé en mars 2010 à Saila, devenant ainsi le premier Ogaas des Issa issu d’un centre urbain. Le processus de sélection des candidats potentiels dura plus de sept mois avant l’intronisation finale à Saila, où les 18 Ogaas précédents furent couronnés.

2026 : La renaissance moderne de Sameen

En 2026, l’idée a émergé de relancer le système Sameen sous une forme à double voie :

• Pour chaque foyer rural, le système traditionnel Sameen est rétabli sans modification.
• Pour chaque travailleur urbain, une allocation annuelle de 20 000 francs djiboutiens est décrétée.

Organisation et gouvernance moderne

À Djibouti, sous la responsabilité de la Fondation HIIL, les moyens matériels et immatériels du fonds Sameen seront organisés.

Le fonds sera géré par un comité spécial composé de 13 administrateurs, dont :

• Un cadre chargé d’étudier et de définir les dépenses.
• Un analyste chargé de débattre et de délibérer.
• Des techniques modernes de trésorerie, de comptabilité et de contrôle seront appliquées.

L’Ogaas fait office d’ordonnateur, détenteur du pouvoir d’autorisation suprême. Tout projet de loi sera signé par l’Ogaas, avec la cosignature de représentants de la direction, garantissant ainsi un système de contrôle et d’équilibre respectueux des traditions tout en répondant aux normes contemporaines de transparence, d’audit et de gestion financière.

Conclusion

La renaissance du Sameen en 2026 est bien plus qu’une simple taxe ; c’est un acte de continuité juridique et culturelle. En transformant une contribution pastorale en un fonds hybride rural-urbain, la communauté Issa garantit la pérennité, le fonctionnement et l’accomplissement des devoirs de son organe de gouvernance traditionnel – le Gande – dans le contexte d’un État-nation moderne. Il s’agit d’un rare exemple de droit coutumier non seulement survivant, mais aussi réinventé de manière délibérée, technique et fière.

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