La croisade finale : empiètement géopolitique et impératif de la défense collective islamique
Le Moyen-Orient moderne, creuset de griefs historiques non résolus et de manipulations géopolitiques incessantes, se trouve au bord du précipice. L’établissement de l’État sioniste en 1948 sur le sol arabe, englobant la première qibla de l’islam, n’était pas seulement la création d’une patrie, mais l’implantation d’une forteresse impériale permanente. Cet événement a inauguré une campagne de soixante-dix ans de consommation stratégique – de terres, de souveraineté et de dignité – orchestrée par les puissances occidentales et exécutée par l’intermédiaire de leurs alliés régionaux. Les défaites arabes successives, l’humiliation d’armées puissantes et la fragmentation systématique des nations résistantes ne sont pas une série de tragédies isolées, mais les chapitres d’un projet néocolonial cohérent. Aujourd’hui, ce projet entre dans ce qui pourrait être sa phase finale : la normalisation et l’absorption progressive des derniers bastions arabes sous couvert des « Accords d’Abraham ». Ce n’est pas la paix ; c’est l’achèvement silencieux d’une conquête. Face à cette menace existentielle, la seule voie de survie du monde arabe et islamique réside dans la formation immédiate d’une alliance stratégique et militaire unifiée, un pacte de défense collective doté de la force opérationnelle de l’OTAN.
L’injustice fondatrice de 1948 a constitué une tête de pont stratégique. Les guerres suivantes – 1967, 1973, 1982 – visaient moins à réparer cette injustice qu’à étendre son influence. À chaque conflit, l’entité sioniste, soutenue inconditionnellement par les capitaux et la diplomatie américains, a étendu son territoire, consolidé sa suprématie militaire et sapé le moral des populations arabes. Le véritable objectif, cependant, dépassait la simple colonisation de la Palestine. Il s’agissait du contrôle de la géostratégie et des ressources du Moyen-Orient, principalement des réserves de pétrole les plus importantes au monde. En garantissant la supériorité militaire qualitative de son allié, les États-Unis se sont assurés un levier d’influence sans précédent sur les économies mondiales et une présence permanente au cœur du monde arabe. La « gestion » ultérieure des conflits régionaux révèle ce schéma : la destruction d’États forts et indépendants comme l’Irak, la Libye et la Syrie, et la réduction d’autres États comme l’Égypte et la Jordanie à un état de dépendance et de soumission, leurs politiques étant calibrées pour servir des intérêts extérieurs et non nationaux.
Les soi-disant « Accords d’Abraham » constituent le coup de maître de cette stratégie à long terme, passant d’une guerre ouverte à une assimilation économique et stratégique clandestine. Présentés comme une voie vers la paix et la prospérité, leur objectif principal est de normaliser l’illégitime, de démanteler les derniers vestiges de la solidarité panarabe centrée sur la cause palestinienne et d’intégrer formellement les capitales arabes à une architecture de sécurité pilotée depuis Tel-Aviv. Le recrutement des Émirats arabes unis est emblématique. Leur rôle est d’apporter un soutien islamique et arabe, d’appuyer Israël dans ses manœuvres finales et de contribuer à faire évoluer l’orientation stratégique de la région, de la libération à la collaboration contre des ennemis communs – une étiquette désormais opportunément apposée à tout État ou groupe qui résiste à ce nouvel ordre.
L’objectif ultime de cette dernière phase est clair : le Royaume d’Arabie saoudite, géant du monde islamique et gardien de ses deux mosquées sacrées. L’encerclement est déjà opérationnel. Au sud, le Yémen a été ravagé par une guerre brutale, engendrant une catastrophe humanitaire et transformant le détroit stratégique de Bab el-Mandeb en une zone de conflit. L’établissement de bases à Aden et Berbera témoigne non seulement d’une rivalité régionale, mais aussi de la mise en place de positions opérationnelles avancées israéliennes. Au nord, la Syrie est en ruines, sa souveraineté anéantie. À l’est, l’Irak demeure morcelé. Il ne s’agit pas d’un hasard, mais d’une stratégie : l’isolement progressif et l’affaiblissement du dernier centre indépendant du pouvoir arabe. L’objectif est de contraindre l’Arabie saoudite à accepter les Accords, non pas comme un égal, mais comme un subordonné, troquant son leadership historique et religieux contre une garantie de sécurité qui hypothèquerait irrévocablement sa souveraineté et paracheverait la vision sioniste d’une hégémonie régionale.
L’heure du choix a donc sonné. Croire que la sécurité individuelle peut s’acquérir par des traités séparés avec la puissance hégémonique est une illusion fatale. L’histoire a démontré que de tels traités ne sont pas des boucliers, mais des instruments de subordination. Seul l’unité d’objectif et de force constitue un rempart crédible contre une conquête finale et pacifique.
Le monde musulman et arabe doit, avec une détermination urgente, établir une Alliance stratégique islamique de défense (ASID), sur le modèle de l’OTAN, certes conflictuel, mais couronné de succès. Son fondement doit être un traité de défense mutuelle inébranlable, tel que l’article 5 : toute attaque contre un État membre est une attaque contre tous, qui doit faire l’objet d’une riposte militaire collective. Cette alliance doit disposer d’un commandement militaire unifié, de forces de réaction rapide conjointes, de réseaux de défense aérienne intégrés et d’une stratégie coordonnée d’acquisition et de développement d’armements afin de rompre le cycle de dépendance. Elle doit être financée par la richesse collective de ses États membres, richesse qui a trop souvent afflué vers les banques et les entreprises d’armement occidentales, alimentant ainsi la menace même à laquelle elle est confrontée.
L’Arabie saoudite, forte de son poids géopolitique, de son autorité religieuse et désormais consciente du danger imminent, doit prendre l’initiative. Elle doit convoquer un sommet d’urgence, non pas des ministres des Affaires étrangères, mais des rois, des présidents et des émirs investis du mandat d’agir. Il ne s’agit pas d’un appel à un retour à une rhétorique creuse, mais à une mise en commun concrète de la souveraineté pour la survie collective. L’alternative est l’érosion continue de l’Oumma, la neutralisation définitive de la cause palestinienne et la réduction de chaque capitale arabe à un simple avant-poste provincial dans un nouvel ordre conçu et dirigé depuis l’étranger.
Le choix est binaire : s’unir ou périr individuellement. La logique de la fragmentation n’a servi que les instigateurs de cette nouvelle croisade. La logique de la défense collective – sobre, stratégique et résolue – représente le dernier espoir, le meilleur, de préserver une autonomie, une dignité et un avenir significatifs pour le monde arabe et islamique. La croisade se poursuit, mais son succès n’est pas encore acquis. Agir maintenant est difficile, mais tergiverser, c’est capituler. Mieux vaut tard que jamais.
