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La déconstruction et la création de Mataan Ciid

La déconstruction et la création de Mataan Ciid

Dans les chambres obscures du pouvoir, où les ombres s’étirent plus loin que la vérité, surgit une figure qui défia les conventions. Abdirahman Cirro franchit des portes qui auraient dû rester closes, s’assit sur des chaises qui auraient dû le repousser, et prononça des mots qui auraient dû mourir sur ses lèvres. Et pourtant, il est là – un monument à l’improbabilité, un témoignage de l’étrange mathématique du destin politique.

On disait qu’il n’en avait pas l’allure. À quoi ressemble un dirigeant ? Quelle forme prend la souveraineté lorsqu’elle s’affranchit de ses contours habituels ? Il est devenu chef de parti malgré lui, président du Parlement contre toute attente, président de la République malgré toutes les prédictions. L’univers, semble-t-il, a un humour bien particulier, et Cirro en est la chute.

Il frappa le vice-président de l’Assemblée – un coup violent qui ponctua son ascension – et l’acte se perdit dans l’amnésie collective des convenances politiques. Il se rendit à Jérusalem, cette ville de pierre et de douleur, et là, il serra la main de Shaked, dont les paumes portaient le poids d’histoires conflictuelles. Il s’inclina devant des tombes sionistes, son front touchant la terre qui porte le souvenir d’autres prières, d’autres dieux. Dans ce geste de recueillement, quelque chose se perdit – ou peut-être quelque chose fut-il enfin révélé.

L’ambassade s’est dressée à Jérusalem comme une déclaration de guerre contre la conscience endormie de la Oumma. Les accords d’Abraham attendaient sur son bureau, prêts à transformer l’encre en trahison. Omar et Saladin se sont retournés dans leurs tombes, leurs épées rouillées de désillusion. Il a vendu la dignité à un prix que personne n’avait demandé, troqué l’héritage contre une poignée de main, échangé sa fierté contre une place à des tables où ses ancêtres n’auraient jamais été servis.

Il s’agit de Mataan Ciid, et il y a encore beaucoup à découvrir.

Cette phrase résonne comme une prophétie, un avertissement, un martèlement inéluctable qui laisse présager que nous n’avons fait qu’effleurer sa chute. Par la grâce de Dieu – ou peut-être selon un dessein plus sombre – il a été créé ainsi : dangereusement imprévisible, un homme dont le prochain geste est écrit dans un langage que lui seul comprend.

Lorsqu’il a banni Xeer Ciise de Zailac, il n’a consulté aucun ancien, n’a pas tenu compte du poids de la tradition, ni considéré que la culture n’est pas un vêtement dont on se débarrasse. C’est un dictateur moderne : arrogant, sans limites, anticonstitutionnel, un homme qui confond pouvoir et permission. Son règne est une plaie qui n’a pas encore appris à cicatriser.

Il s’agit de Mataan Ciid, et il y a encore beaucoup à découvrir.

Suivez le fil de ses contradictions : le leader improbable devenu incontournable, le traître qui revendique un héritage, l’homme humble qui se dresse pourtant si fier. Il est une énigme enveloppée de controverses, un homme dont la biographie se lit comme une mise en garde. Au final, peut-être est-ce là son véritable héritage : non pas les fonctions qu’il a occupées ou les traités qu’il a signés, mais la question dérangeante qu’il laisse derrière lui : que signifie être un leader quand le leadership lui-même a perdu son sens ?

Il s’agit de Mataan Ciid. Suivez-le : il y a encore beaucoup à voir.

 

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