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La nouvelle barbarie : la guerre au XXIe siècle et l’abandon de la civilisation stratégique.


La nouvelle barbarie : la guerre au XXIe siècle et l’abandon de la civilisation stratégique.

Introduction

La conduite de la guerre a toujours été le miroir de la civilisation, reflétant non seulement les capacités technologiques d’une époque, mais aussi son architecture morale, ses engagements philosophiques et sa conception de l’humanité. Des plaines de la Chine antique où Sun Tzu composa ses leçons immortelles sur l’emploi intelligent de la force, aux champs de bataille de l’Europe napoléonienne qui inspirèrent les profondes réflexions de Clausewitz sur la guerre comme prolongement de la politique, les penseurs militaires ont cherché à imposer au chaos des conflits une certaine forme de retenue rationnelle. Les grands théoriciens comprenaient que la guerre, si terrible soit-elle, doit servir un dessein politique ; que la violence, si nécessaire soit-elle, doit être encadrée par la sagesse stratégique ; et que la victoire, si désirée soit-elle, ne doit pas détruire la paix même qu’elle prétend garantir.

La guerre à laquelle nous assistons en cette ère post-Guerre froide, la guerre du XXIe siècle, représente quelque chose de fondamentalement différent. Il ne s’agit ni de l’application contrôlée de la force envisagée par les stratèges, ni de la violence regrettable mais limitée envisagée par les théoriciens de la guerre juste, ni même des terribles mais compréhensibles excès des siècles passés. Il s’agit plutôt d’un retour à la barbarie – une manifestation des aspects les plus sombres de l’histoire humaine, synthétisés en une chose d’une horreur unique. Par ses massacres, sa soif de vengeance, la création d’une catastrophe humaine à une échelle inimaginable, cette guerre porte les marques du génocide nazi. Par sa destructivité sanguinaire, sa haine civilisationnelle, son anéantissement systématique de paysages urbains entiers, elle porte l’empreinte des conquêtes mongoles sous Hulagu Khan. Par son animosité religieuse et ses préjugés civilisationnels, elle fait écho aux croisades. Et dans la configuration particulière des forces qui animent le conflit à Gaza — avec son but génocidaire, son ambiguïté directionnelle, sa fusion d’engagements idéologiques — il manifeste des éléments qui ne peuvent être décrits que comme maçonniques et sionistes dans leur coordination et leur exécution conspiratrices.

Cet essai soutient que la guerre du XXIe siècle, illustrée par le conflit mené par Trump et Netanyahu contre l’Iran et qui se poursuit à Gaza, constitue une trahison fondamentale des traditions philosophiques et stratégiques qui ont façonné les conflits civilisés depuis des millénaires. Il examine ce conflit sous quatre angles : premièrement, les analogies historiques qui éclairent son caractère barbare ; deuxièmement, les principes stratégiques des grands théoriciens militaires dont il rejette la sagesse ; troisièmement, le cadre juridique international qu’il viole systématiquement ; et enfin, les conséquences pour la civilisation humaine si ce nouveau paradigme de la guerre venait à devenir le modèle des conflits futurs.

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Première partie : Le caractère historique de la guerre contemporaine

Le précédent nazi : massacres industrialisés et intention génocidaire

Face aux horreurs de l’Holocauste, le monde s’est juré qu’un tel mal ne pourrait plus jamais être toléré. Le génocide de six millions de Juifs, ainsi que de millions d’autres personnes considérées comme « indésirables », ne représentait pas seulement une mort de masse, mais une mort de masse d’une nature particulière : motivée par une idéologie, systématiquement organisée, exécutée de façon industrielle et poursuivie comme une fin en soi. Le projet nazi n’était pas un effet secondaire de la guerre, mais son objectif principal ; la machine de destruction fonctionnait de pair avec la machine de la victoire militaire, voire en concurrence avec elle.

Dans les conflits auxquels nous assistons aujourd’hui, notamment à Gaza, ces éléments réapparaissent avec une fidélité glaçante. Le massacre de civils n’est pas un accident, mais un élément central de la stratégie opérationnelle. Lorsque des dizaines de milliers de non-combattants sont tués – femmes, enfants, personnes âgées, personnel médical, journalistes – l’ampleur même de ces pertes exige des explications. Mais c’est la régularité des actions qui révèle le dessein : le ciblage délibéré d’immeubles résidentiels, la destruction d’hôpitaux, le massacre de familles entières dans leurs foyers, le démantèlement systématique des infrastructures indispensables à la vie humaine. Il ne s’agit pas d’accidents de guerre, mais de conséquences voulues.

La vengeance qui motive ces massacres porte la même empreinte psychologique que la brutalité nazie. Elle ne se contente pas de la victoire militaire, mais exige humiliation, souffrance et anéantissement. Elle emploie le langage du châtiment collectif, rendant des populations entières responsables des actes de quelques-uns. Elle déshumanise l’ennemi à un tel point que sa mort devient non plus tragique, mais nécessaire ; non plus regrettable, mais célébrée. Dans ce cadre psychologique, la distinction entre combattant et civil s’efface, remplacée par une catégorisation raciale ou religieuse qui fait de chaque membre du groupe visé une cible légitime.

Le précédent mongol : destruction totale et haine civilisationnelle

Le sac de Bagdad par Hulagu Khan en 1258 demeure l’un des actes de destruction les plus dévastateurs de l’histoire. Le commandant mongol, petit-fils de Gengis Khan, déchaîna sur la capitale du califat abbasside une fureur qui mit fin à l’âge d’or islamique et réduisit l’une des plus grandes villes du monde en ruines et en charniers. On estime que des centaines de milliers de personnes périrent ; le Tigre était noirci par l’encre des manuscrits détruits et rouge du sang des érudits. La destruction ne fut pas militaire, mais civilisationnelle : une attaque non seulement contre un ennemi, mais contre tout un mode de vie.

La guerre contemporaine que nous examinons manifeste ce même caractère « hulagoique ». Elle est satanique dans sa soif de sang : non seulement elle tue, mais elle se délecte du meurtre ; non seulement elle détruit, mais elle se complaît dans la destruction. La démolition gratuite de quartiers entiers, la destruction systématique d’universités et d’institutions culturelles, le ciblage du patrimoine archéologique et des sites religieux : ces actes ne servent aucun dessein militaire intelligible d’un point de vue stratégique. Ils servent plutôt un dessein théologique et civilisationnel : l’effacement de l’histoire, de la culture et de la capacité d’un peuple à vivre collectivement.

La haine qui anime cette destruction est d’envergure civilisationnelle. Il ne s’agit pas simplement de vaincre tel gouvernement ou telle organisation militaire ; il s’agit d’humilier et d’anéantir tel peuple, telle culture, telle religion. Le langage employé par les dirigeants politiques et militaires révèle ce préjugé : on y trouve des termes comme « animaux », « humains animaux », « Amalek », et autres figures de style déshumanisantes qui excluent l’ennemi de toute considération morale. Un tel langage ne précède pas le génocide par hasard ; il en est la condition nécessaire.

Le précédent des croisades : guerre religieuse et croisade civilisationnelle

Les croisades représentaient une forme de guerre inédite : cautionnée par la religion, d’envergure civilisationnelle et sans limites dans ses objectifs. Lorsque le pape Urbain II appela la chrétienté à libérer la Terre sainte, il inaugura des siècles de conflits où l’identité religieuse devint le principal marqueur d’hostilité et où les contraintes habituelles de la guerre chevaleresque furent suspendues face aux infidèles. Le massacre des habitants de Jérusalem en 1099 – musulmans, juifs et chrétiens d’Orient confondus – instaura un modèle d’atrocités à motivation religieuse qui allait se répéter tout au long de l’histoire des croisades.

Dans les conflits actuels, cette figure du croisé est indéniable. Le conflit n’est plus présenté comme un différend politique territorial ou relatif aux ressources, mais comme un choc des civilisations, une lutte entre les valeurs judéo-chrétiennes et la barbarie islamique, entre les forces de la lumière et celles des ténèbres. Le langage religieux imprègne les discours militaires et politiques : références aux prophéties bibliques, invocations du mandat divin, description du conflit contemporain à travers le prisme des guerres de religion antiques.

Cette conception religieuse de la guerre a des conséquences profondes sur la conduite de la guerre. Lorsque l’ennemi est défini par la religion, il ne peut y avoir ni règlement négocié, ni compromis, ni reconnaissance de griefs légitimes. Le conflit devient eschatologique : une lutte entre le bien et le mal qui ne peut s’achever que par la victoire totale de l’un et la défaite totale de l’autre. Il ne s’agit plus d’une guerre politique détournée, mais d’une guerre conçue comme un drame cosmique, où les contraintes habituelles de la stratégie et de la morale sont suspendues.

La dimension maçonnique et sioniste : coordination conspiratrice et finalité génocidaire

La configuration spécifique des forces à l’œuvre dans le conflit à Gaza introduit des éléments supplémentaires qui exigent une analyse approfondie. Qualifier ce conflit de « maçonnique et sioniste » suggère une coordination perçue entre sociétés secrètes, mouvements idéologiques et acteurs étatiques poursuivant un agenda génocidaire commun. Si les théories du complot doivent être abordées avec la prudence requise par les chercheurs, la réalité observable d’une action coordonnée entre les dirigeants militaires et politiques israéliens, le soutien diplomatique et militaire américain et un alignement international plus large exige des explications.

L’« ambiguïté directionnelle » relevée dans cette caractérisation est particulièrement significative. Les objectifs de la guerre évoluent et se transforment : initialement présentée comme une riposte aux attentats du 7 octobre, elle s’étend à des ambitions régionales plus vastes ; justifiée par la nécessité de la sécurité israélienne, elle crée les conditions d’une insécurité future ; justifiée par l’anéantissement du Hamas, elle se poursuit bien après l’affaiblissement des capacités militaires de ce dernier. Cette ambiguïté sert plusieurs objectifs : elle empêche l’émergence d’une opposition efficace, elle permet l’extension des objectifs de guerre sans obligation de rendre des comptes politiquement, et elle masque le caractère génocidaire de l’opération derrière des justifications rhétoriques fluctuantes.

La reproduction des attitudes génocidaires observées dans les conflits précédents – le transfert des méthodes et des justifications d’un contexte à l’autre – suggère un schéma comportemental acquis plutôt que des réponses adaptées à un contexte particulier. Lorsque les doctrines militaires, les justifications juridiques et les techniques de propagande élaborées lors d’une campagne génocidaire sont appliquées dans une autre, nous assistons non pas à des atrocités spontanées, mais à une pratique systématique. La réplication de ces schémas à travers les conflits et les décennies témoigne de l’existence d’un savoir institutionnel et d’un engagement idéologique qui transcendent les circonstances particulières
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