
L’adage poétique somalien « Cudurka kaa Galla fardaha haddii laga gubo Dameer dawada lama gaadhayee » (Le remède destiné au cheval, appliqué à l’âne, n’atteindra jamais la maladie) est un avertissement cinglant contre l’absurdité des solutions mal appliquées. Il révèle une vérité fondamentale : traiter un mal précis avec un remède inadapté ne le guérit pas ; cela l’aggrave. Cette sagesse ancestrale offre un éclairage précieux sur la crise actuelle dans les régions d’Awdal et de Selel, au sein de la république autoproclamée du Somaliland. L’administration d’Hargeisa, en diagnostiquant obstinément un problème de violence intercommunautaire tout en ignorant le mal sous-jacent de sa propre gouvernance injuste et de la marginalisation de la communauté Issa, prescrit le mauvais remède au mauvais mal. Loin de résoudre le conflit, cette approche est un acte dangereux de charlatanisme politique qui conduira inévitablement à des tensions plus profondes, à un bain de sang accru et à une rupture irrémédiable entre les communautés et l’État.
La crise à Awdal et Selel n’est pas une flambée spontanée de guerre clanique ; elle est le symptôme d’une exclusion politique chronique et latente dont souffre une partie de la population. Les troubles actuels sont une conséquence directe de la marginalisation systématique, par le gouvernement du Somaliland, de la communauté Issa, un groupe historiquement victime de discrimination en matière d’accès aux ressources, à la représentation politique, au développement et aux services essentiels. En présentant le conflit comme un simple différend communautaire entre les Issa et les Gadaburdi, l’administration d’Hargeisa se livre à une manœuvre cynique de diversion. Elle s’exonère ainsi de toute responsabilité quant aux injustices structurelles qui ont attisé le mécontentement. Exiger que la communauté Gadabursi « règle ses problèmes » avec les Issa revient à exiger qu’un pansement répare un os cassé. C’est un abandon manifeste du devoir premier de l’État : garantir la justice et une gouvernance équitable à tous ses citoyens.
Tout comme un charlatan prescrit des remèdes pour chevaux afin de soigner un âne, l’administration du Somaliland a multiplié les initiatives s’attaquant aux symptômes plutôt qu’à la cause. La conférence de médiation de Gerisa, les tables rondes de Jigjiga et Hargeisa, et la récente délégation Guurti à Dire Dawa, bien qu’animées de bonnes intentions, sont fondamentalement erronées. Ces initiatives reposent sur la croyance fallacieuse que seul le dialogue entre les deux communautés peut rétablir la paix. Or, qu’est-ce que la communauté Gadabursi peut offrir à la communauté Issa que seul le gouvernement peut fournir ? Elle ne peut ni accorder de droits politiques, ni abroger les politiques d’accaparement des terres, ni garantir une représentation équitable. Les griefs de la communauté Issa ne sont pas dirigés contre leurs voisins Gadabursi, mais contre l’État d’Hargeisa qui les a abandonnés. Organiser ces conférences sans s’attaquer aux causes profondes, à savoir l’oppression d’État, revient à « faire du vent » : un exercice futile et dénué de sens qui ne sert qu’à gagner du temps tandis que le véritable problème s’envenime. C’est un geste de paix ostentatoire qui masque une profonde réticence à entreprendre de véritables réformes politiques.
Les conséquences de ce diagnostic erroné, volontaire ou non, sont déjà manifestes et ne feront qu’exacerber les conflits et les crises. En refusant de reconnaître ses propres injustices et en faisant peser le fardeau de la paix sur les communautés locales, le gouvernement du Somaliland attise activement les tensions. La communauté Issa, accablée par l’oppression d’État et consciente de l’inefficacité des solutions proposées, ne fera que se radicaliser davantage. Sa confiance dans tout processus mené par une entité partiale qu’elle perçoit comme son oppresseur s’évaporera complètement. De plus, en désignant les Gadabursi comme principaux interlocuteurs, le gouvernement les place injustement dans une position précaire, les transformant en boucliers et en cibles potentielles des griefs de leurs voisins Issa. Cette stratégie ne construit pas de ponts ; elle détruit et sème les germes de la suspicion et du ressentiment entre les communautés, créant une dynamique dangereuse où les conflits locaux sont exacerbés par la négligence de l’État. Il en résulte une prophétie tragique : davantage de bains de sang à mesure que les communautés s’affrontent, et un fossé grandissant et infranchissable entre les gouvernés et un gouvernement qui refuse de voir les causes profondes, et encore moins de guérir, les blessures qu’il a infligées.
En conclusion, l’approche du gouvernement du Somaliland face à la crise d’Awdal et de Selel illustre parfaitement l’erreur de diagnostic. En diagnostiquant à tort une crise de gouvernance comme une simple querelle intercommunautaire, il a non seulement abdiqué ses responsabilités, mais a aussi activement compromis les perspectives d’une paix durable. La voie de la stabilité ne réside pas dans des discussions entre les communautés, mais dans un changement fondamental de la politique d’Hargeisa envers ses citoyens Issa. Il est nécessaire de reconnaître des années de marginalisation, de mettre en œuvre des politiques justes et de garantir l’égalité des droits et la représentation pour tous. Tant que l’administration du Somaliland ne sera pas disposée à soigner le mal de sa propre gouvernance injuste, toute autre solution sera aussi vaine qu’un remède miracle pour un âne : une négligence qui conduira inévitablement à une crise plus profonde, plus violente et plus insoluble.
