L’effondrement d’un rêve : comment un complot interne menace l’avenir du Somaliland :
Le Somaliland, république autoproclamée née des vestiges d’un État fragmenté, a souvent été salué comme un phare de stabilité et de gouvernance démocratique dans la Corne de l’Afrique, région tumultueuse. Son parcours est remarquable, offrant une lueur d’espoir dans une région souvent en proie au chaos. Cependant, cette fragile oasis de paix est aujourd’hui menacée, non pas par des adversaires extérieurs, mais par une sinistre conspiration interne visant à saper l’un de ses piliers fondateurs : la communauté Issa. Les récents troubles liés aux célébrations de Xeer Issa dans le port historique de Zeila ne se limitent pas à un simple différend culturel ; ils révèlent un malaise plus profond et insidieux : un projet délibéré d’aliénation et de déplacement qui, s’il n’est pas enrayé, pourrait conduire à l’autodestruction du Somaliland.
La genèse de la crise :
Les racines de cette crise résident dans l’attitude déconcertante et hostile adoptée par les centres du pouvoir à Hargeisa et Borama. Le Xeer Issa, célébration vibrante d’un patrimoine somalien unique, est officiellement reconnu par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel. Prévu pour le 5 décembre 2025, cet événement aurait dû être une source de fierté nationale, une célébration de la diversité au sein du mosaïque culturelle du Somaliland. Pourtant, pour les dirigeants d’Hargeisa, cet événement a été perçu non comme une célébration, mais comme une menace existentielle. Cette perception est à la fois illogique et révélatrice, exposant une peur profondément ancrée du pluralisme culturel.
La réaction du gouvernement se caractérise par l’indécision et un manque de vision claire, créant un vide exploité par ses alliés les plus virulents. Dans ce vide, la véritable nature du complot apparaît au grand jour. D’un côté, le pouvoir en place à Hargeisa reste passif, son inaction étant éloquente. De l’autre, des factions politiques alliées, représentant d’importants groupes d’électeurs, ont adopté une rhétorique non seulement critique, mais ouvertement hostile à la communauté Issa. Cette rhétorique, que le gouvernement ne freine ni ne réprimande, crée un climat délétère. Aux yeux du public, le gouvernement et ses alliés les plus actifs apparaissent comme complices d’une entreprise malveillante. Leur silence face à la provocation n’est pas de la neutralité ; c’est de la complicité.
La façade de la sécurité :
La conclusion logique est que les préoccupations affichées concernant la « sécurité » ne sont qu’un prétexte. Si la question relevait véritablement de l’ordre public, l’État dispose des moyens et du mandat nécessaires pour garantir la sécurité d’un événement culturel légal, reconnu par l’UNESCO. La réalité, cependant, comme en témoigne la rhétorique des alliés du gouvernement, est bien plus sinistre. L’objectif sous-jacent semble être l’érosion progressive du statut de la communauté Issa au sein du Somaliland, avec pour but ultime de la déplacer et de s’approprier ses terres et propriétés ancestrales. Ce schéma est malheureusement trop familier à ceux qui étudient l’histoire et les conflits contemporains. Il reflète une stratégie de colonialisme de peuplement au ralenti, rappelant le sort du peuple palestinien, qui a vu son patrimoine et ses terres spoliés sous couvert de sécurité et de revendications historiques. Voir un tel plan mis en œuvre au Somaliland est à la fois stupéfiant et horrifiant.
L’illogisme de la peur :
Alors que la région observe avec stupéfaction, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’enjeu existentiel qui pourrait bien pousser les dirigeants d’Hargeisa à s’engager sur une voie aussi manifestement autodestructrice. Pourquoi une réussite somalienne – la préservation et la reconnaissance internationale d’un patrimoine culturel unique – est-elle perçue comme une telle menace ? La réponse réside dans la fragilité d’un nationalisme incapable d’intégrer sa propre diversité. La célébration de l’identité Issa n’est pas considérée comme un enrichissement de l’histoire nationale, mais plutôt comme une remise en cause d’une vision homogénéisée et majoritaire de l’État. C’est la crainte d’une voix culturelle distincte au sein du chœur collectif qui alimente ce complot interne.
Conséquences de l’aliénation :
Ce projet malavisé est cependant voué à l’échec. Les conséquences d’une telle voie seront désastreuses, non seulement pour la communauté Issa, mais pour le Somaliland tout entier. Il menace de briser le fragile consensus interclanique sur lequel la république a été fondée, engendrant des conflits internes et ternissant irrémédiablement sa réputation sur la scène internationale, où elle aspire à la reconnaissance. Le risque de troubles et de violences est important, car l’aliénation engendre le ressentiment, et le ressentiment peut rapidement dégénérer en conflit.
Dans une région où les dynamiques claniques jouent un rôle crucial dans la cohésion sociale, la marginalisation de la communauté Issa pourrait entraîner la rupture des alliances qui ont historiquement garanti la stabilité du Somaliland. Les répercussions d’une telle rupture seraient considérables ; elles se propageraient à travers tout le tissu social, sapant les fondements mêmes de la paix et de la gouvernance que le Somaliland s’est efforcé de bâtir.
Un appel à la rédemption :
La seule voie vers la rédemption réside dans un renversement clair et sans équivoque de la trajectoire actuelle. Les dirigeants d’Hargeisa doivent avoir le courage d’enrayer la spirale de la division, présenter des excuses officielles à la communauté Issa, marginalisée, et permettre la tenue de leurs célébrations culturelles sans entrave à Zeila. Cet acte de réconciliation n’est pas une simple question d’opportunisme politique ; c’est un impératif moral. Le rétablissement de tous les droits de la communauté Issa – tant ses droits matériels à la terre et à la propriété que son droit immatériel à l’identité et au patrimoine – est essentiel pour panser les plaies infligées par cette conspiration interne.
L’âme du Somaliland :
L’âme du Somaliland est en jeu. Le pays se trouve à la croisée des chemins, confronté au choix entre demeurer une mosaïque vibrante de ses communautés constituantes – unies dans leur diversité – ou devenir une prison marquée par l’exclusion et la peur. La célébration de Zeila est plus qu’une fête ; c’est un test décisif pour l’idée même de Somaliland. Échouer à ce test, c’est anéantir le rêve lui-même, éteindre l’espoir né des cendres d’un État effondré.
En conclusion, la menace qui pèse sur l’avenir du Somaliland n’est pas d’origine extérieure, mais d’une conspiration interne visant à saper son essence même. Les célébrations de Xeer Issa doivent être perçues comme un témoignage du riche patrimoine culturel de la nation, et non comme une menace pour son unité. Face à cette période délicate, les dirigeants du Somaliland doivent reconnaître que la force de la république réside dans sa diversité. Honorer la communauté Issa et ses célébrations culturelles, c’est honorer les principes fondateurs du Somaliland : l’engagement envers la paix, la démocratie et la célébration de tous ses habitants. Le choix est clair : le Somaliland peut soit embrasser la richesse de ses identités, soit risquer de voir s’effondrer le rêve qui a inspiré tant de personnes.
