Nationalisme pan-somali, pétitions à l’ONU :
Haji Farah Ali Omar, l’éloquent représentant du clan Issa, a prononcé son célèbre discours devant le Conseil de tutelle des Nations Unies à Lake Success, New York, États-Unis.
Voici les points clés :
· Organe : Il s’est adressé au Conseil de tutelle de l’ONU. Il s’agissait du principal organe de l’ONU chargé de superviser l’administration des territoires sous tutelle, ce qui en faisait le forum le plus logique et le plus pertinent pour sa pétition.
· Lieu : À l’époque, le siège des Nations Unies était temporairement situé à Lake Success, dans l’État de New York, un village de Long Island. L’ONU a opéré à partir de ce lieu de 1946 à 1951 avant de s’installer définitivement à Manhattan.
· Date : Le discours a été prononcé lors de la cinquième session du Conseil en 1948.
Contexte et signification du discours
Son apparition s’inscrivait dans le cadre d’un effort plus vaste mené par des groupes somaliens, notamment la Ligue de la jeunesse somalienne (SYL), pour faire pression sur l’ONU contre le retour de l’administration italienne et pour la création d’une « Grande Somalie ».
La mission spécifique de Haji Farah Ali Omar était de plaider en faveur de l’inclusion de la Côte française des Somalis (aujourd’hui Djibouti) dans ce projet d’État somalien unifié. Son discours est légendaire pour son expression puissante et claire de l’identité nationale somalienne et de son désir d’autodétermination.
Un extrait clé et souvent cité de son discours illustre ce point :
Nous sommes d’abord Somaliens, puis musulmans. Nous souhaitons être réunis avec nos frères sur le même territoire. Nous partageons la même culture, la même langue et la même religion. Nous ne souhaitons pas être divisés entre différentes administrations. Ce que nous voulons, c’est être unis et obtenir notre indépendance.
Cette déclaration constituait une réfutation directe des arguments français selon lesquels leur territoire était distinct et multiethnique (avec des populations afar et somalienne) et devait rester séparé. Il défendait avec passion le principe d’une unification nationale fondée sur une identité somalienne commune.
Son discours prononcé dans la salle du Conseil de tutelle de l’ONU marque un moment charnière où la voix des éleveurs nomades somaliens a été entendue directement sur la scène mondiale, plaidant pour leur avenir politique.
Document soumis (réimpression) :
PÉTITION DES ISSA SOMALIS
DATÉE DU 22 JANVIER 1948.
À :
LA COMMISSION D’ENQUÊTE DES QUATRE PUISSANCES.
MOGADISCIO. SOMALIE.
Nous, le peuple Issa, sommes divisés et répartis entre trois puissances souveraines : l’Éthiopie, la France et la Grande-Bretagne. Nos droits de pâturage et d’eau sur le territoire détenu par ces puissances sont couverts et garantis par des traités. Nous comprenons maintenant que notre vie économique ne peut s’améliorer et que nous ne pouvons progresser ni socialement ni politiquement tant que nous sommes séparés par trois frontières de fait, et aussi longtemps que nous restons séparés des autres membres de notre race.
Nous sommes somaliens et partageons la même langue et la même religion. Nous nous marions librement entre nous et avons le même mode de vie.
Nous souhaitons ardemment nous unir aux autres Somaliland. Nous sommes convaincus que notre situation actuelle est néfaste pour notre avenir et notre bien-être. Seul un Somaliland uni peut former une entité géographique et raciale.
Aujourd’hui, après soixante ans d’occupation, les Somaliens issa du Somaliland britannique et du Somaliland français ne connaissent aucune amélioration en matière de développement, d’éducation ou de bien-être économique. Quant au gouvernement éthiopien, les Amharas nous méprisent en tant que musulmans, ils exercent leur autorité avec une rigueur extrême, ils nous refusent la liberté d’expression et ne prêtent aucune attention à nos griefs.
Aucune dépense n’a été consacrée à notre éducation ni à notre bien-être. Nous n’avons pas voix au chapitre au sein du gouvernement. Nous sommes un peuple arriéré, soumis à un gouvernement arriéré, « étranger », qui n’éprouve aucune sympathie pour nous et souhaite nous maintenir à jamais dans sa subordination. Les dirigeants n’ont aucune affinité raciale, culturelle ou religieuse avec nous. Nous ne parlons même pas la même langue.
C’EST NOTRE DÉCISION RÉFLÉCHIE ET CONFIRMÉE D’ÊTRE UNIS À NOS FRÈRES SOMALAIS SOUS LA PROTECTION ET LA GUIDANCE D’UN GOUVERNEMENT QUI PEUT DÉVELOPPER NOTRE PAYS ET NOUS DONNER L’ÉDUCATION MODERNE ET LA FORMATION NÉCESSAIRES JUSQU’À CE QUE NOUS PUISSIONS PRENDRE EN CHARGE L’ADMINISTRATION DE NOTRE PAYS.
Harar fait partie intégrante de notre territoire. Il constitue un lien économique et commercial important entre les Somaliens de l’Ouest. Harar étant une unité économique importante de notre territoire, nous souhaitons son intégration au sein du Grand Somaliland, car une telle intégration est absolument essentielle.
NOUS, SOUSSIGNÉS, SULTANS CHEFS ET CHEIKHS D’ISSA SOMALIS, SOUMETTONS PAR LA PRÉSENTE SOLENNELLEMENT CETTE PÉTITION ET Y APPOSONS NOS SIGNATURES ET MARQUES.
1. UGAS HASSAN HERSI, SULTAN DE L’AISS. (Ogaas)
2. ADAN KAWALE
(Kawalieh)
3. HAJI ISMAIL NUR
4. HAJI ISMAIL AWALEH
5. ALI ABUBAKAR
6. HUSSEIN OSMAN
7. AHMED GAIT
(?) Gaidh ?
8. HAJI ABDI ALI
9. BULALI AINANSH
(Bullaleh Ainanshe)
10. OMAR GALEH
(Guelleh)
11. ALAWI KAMIL AQI
(?) Aqil ?
12. ALI BORE
13. KADI DONALE ISSA
(Dualeh)
14. HAJI JUMALI IBRAHIM
(Jama)
15. ABDULLA GADID.
