Xeer Issa : L’alliance inviolable d’une nation indivisible :
Dans les paysages arides et brûlés par le soleil où la Corne de l’Afrique rencontre la mer Rouge, une loi plus ancienne que les frontières modernes perdure. C’est le domaine de la communauté Issa, unie non par les lignes éphémères des cartes coloniales, mais par le Xeer Issa – une constitution vivante, un contrat social sacré, la source immuable de leur identité. Bien que fragmentée entre trois entités politiques – Djibouti, l’Éthiopie et le territoire contesté du Somaliland – la nation Issa demeure inébranlable et indivisible, partageant la Terre, le Xeer et un seul Ogaas. Leur unité n’est pas une question d’opportunisme politique, mais un héritage perpétuel, une loi du pays qui inspire une loyauté absolue et a résisté à des siècles de division et de manipulation.
La Fondation : Xeer comme Constitution et Alliance :
Au cœur de la résilience des Issa se trouve leur Xeer. Contrairement aux concepts juridiques occidentaux, le Xeer Issa constitue un cadre global. Il régit le partage des ressources essentielles (terre, pâturages et eau…), définit la gouvernance par l’autorité des Ogaas et codifie la résolution des conflits, la responsabilité collective et l’harmonie sociale. Le qualifier simplement de « droit coutumier » serait sous-estimer sa force ; il est la pierre angulaire de leur souveraineté. En l’absence d’un État-nation reconnu, il fait office de constitution nationale, un accord contraignant auquel chaque membre adhère dès sa naissance et qu’il est tenu de respecter. Cette tradition juridique est si puissante qu’elle est explicitement reconnue comme source fondamentale de droit dans tous les cadres constitutionnels somaliens, qu’il s’agisse de l’ancien État unitaire, de l’actuelle République fédérale de Somalie ou des chartes régionales. Ainsi, le Xeer Issa bénéficie à la fois d’une légitimité ancestrale et d’une reconnaissance juridique contemporaine.
La Fracture : Cicatrices coloniales et frontières artificielles :
La fragmentation politique actuelle est une conséquence directe de la « ruée vers l’Afrique » de la fin du XIXe siècle. Les puissances coloniales – France, Grande-Bretagne et Éthiopie – se sont partagé le territoire Issa sans égard pour l’unité organique du clan. La France a créé Djibouti, la Grande-Bretagne a annexé des portions au protectorat britannique du Somaliland, bravant ainsi les traités de paix et de protection, et l’Éthiopie a revendiqué sa part par l’expansion territoriale et par traité. Du jour au lendemain, des familles et des voies de transhumance ont été coupées par des frontières impériales arbitraires. Pourtant, si ces lignes de facto ont réussi à créer des divisions administratives, elles ont échoué de façon catastrophique à dissoudre les liens profonds du droit commun, de la généalogie et de la mémoire collective. Les Issa ont enduré cette division non pas en l’acceptant, mais en cultivant leur unité parallèlement, en maintenant le Xeer comme autorité suprême qui transcendait la domination étrangère des capitales lointaines.
La lutte contemporaine : unité contre propagande :
Aujourd’hui, la tension la plus vive se manifeste dans le conflit entre ce pacte ancestral et le projet de construction nationale du Somaliland. Pour les communautés Issa de la région d’Awdal (en particulier autour de Zeila, ville d’avant l’indépendance), l’allégeance au Xeer Issa et à une identité somalienne plus large se heurte souvent au discours du Somaliland sur la souveraineté sécessionniste, fondé sur les anciennes frontières coloniales britanniques. La mention explicite, dans la déclaration, des « propagandistes de Borama et Hargeisa » met en lumière ce front. C’est une affirmation selon laquelle le discours politique émanant des centres du pouvoir du Somaliland – qui qualifie l’unité Issa de « séparatisme » ou de menace pour la cohésion du Somaliland – est perçu comme une attaque directe contre leur loi fondatrice. En persistant dans cette politique d’effacement vieille de trente-cinq ans, le Somaliland risque de se résoudre à une disparition définitive.
La position des Issa relève donc d’une résistance juridique et culturelle. Ils affirment qu’aucune autorité politique à Hargeisa ne peut les dispenser de leurs obligations envers le Xeer Issa. Il ne s’agit pas d’un simple désaccord politique, mais d’un conflit de souverainetés juridiques : la souveraineté imposée d’un État moderne autoproclamé contre la souveraineté organique, historiquement enracinée, d’une nation clanique et de sa constitution. La question de la cédécession, jusqu’ici imposée et limitée à Hargeisa et Burco, n’a pas encore fait l’objet de discussions ni de négociations entre les Somalilandais. Un tel dialogue serait toutefois conditionné par la dénonciation des accords d’Abraham de Trump, du mémorandum d’entente de Bihi et de toute relation avec l’État sioniste criminel d’Israël recherché par Cirro.
Conclusion : Un héritage perpétuel
La détermination de la communauté Issa est sans faille. Ni l’envie, ni la propagande extérieure, ni les mécanismes de la haine tribale ou étatique ne sauraient altérer un pacte scellé par des siècles de pratique. Leur unité est un héritage perpétuel et inaliénable. Elle témoigne du pouvoir des systèmes juridiques autochtones à préserver l’identité malgré l’adversité. En défendant le Xeer Issa, ils défendent le principe même selon lequel l’identité et le droit peuvent être plus forts que l’État lui-même. Tant que le Xeer Issa sera respecté – tant que la terre, la loi et le leadership qu’il définit seront partagés – les Issa demeureront une nation indivisible. Ils incarnent avec force, dans la Corne de l’Afrique, que si les frontières coloniales peuvent fragmenter un territoire, elles ne sauraient diviser un peuple dont la constitution vit dans le cœur et l’esprit de chacun, l’enjoignant à rester, à jamais, unis.


