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Chapitre 9 : Le FLCS et la construction de l’indépendance djiboutienne : de la lutte armée au régime de parti unique

Chapitre 9 : Le FLCS et la construction de l’indépendance djiboutienne : de la lutte au régime de parti unique

La décolonisation du Somaliland français ne fut pas uniquement le fruit de négociations politiques ; elle fut aussi le résultat d’une lutte acharnée. Le Front de Libération de la Côte des Somaliens (FLCS) s’impose comme le principal mouvement de libération armée du territoire, fournissant le levier de coercition qui complétait les efforts diplomatiques des partis politiques locaux. Enraciné dans le panafricanisme, le nationalisme arabe et la vision irrédentiste d’une Grande Somalie, le FLCS a évolué dans un contexte complexe de rivalités régionales et de jeux de pouvoir entre grandes puissances. Son alliance avec la Ligue Populaire Africaine pour l’Indépendance (LPAI) donne naissance à une stratégie à deux volets efficace – lutte à l’étranger et mobilisation politique au pays – qui permet finalement d’obtenir l’indépendance. Cependant, la victoire de 1977 rend également ces deux organisations obsolètes, ouvrant la voie à la consolidation du pouvoir sous un parti unique qui allait dominer Djibouti pendant la décennie suivante.

Fondements idéologiques et naissance du FLCS

Le FLCS est né de la solidarité panafricaine et du nationalisme somalien. Ses fondements idéologiques puisaient dans la doctrine de libération continentale du mouvement panafricain, le nationalisme arabe révolutionnaire du nassérisme et l’ambition irrédentiste d’unir tous les territoires peuplés de Somaliens sous une même bannière. Cette vision était à portée de Mahamoud Harbi Farah, figure politique nationaliste somalienne-Issa de premier plan, qui avait été vice-président du Conseil de gouvernement du Somaliland français. Après sa défaite politique de 1958 et son exil à Mogadiscio en 1960, Harbi se consacra à la lutte armée, faisant du FLCS l’instrument de la lutte pour l’indépendance.

Les premières années du FLCS furent des semées d’embûches. Si la jeune République somalienne indépendante adhère en théorie au principe de l’unification somalienne, le gouvernement du président Aden Abdalla Osman se montre d’abord prudent, réticent à soutenir ouvertement un front de libération armé susceptible de déstabiliser sa position internationale fragile. Bien que sensé à la cause de Harbi, il ne lui apporte guère plus qu’un soutien logistique et un encadrement pour sa participation aux instances internationales, sans lui fournir d’appui militaire actif. Tragiquement, Harbi n’a vécut pas assez longtemps pour voir son combat aboutir ; il a péri dans un accident d’avion au-dessus de l’Italie en septembre 1960, alors qu’il se rendait de Genève à Pékin.

Consolidation, reconnaissance et lutte armée

Malgré la mort prématurée d’Harbi, le FLCS a perduré, orphelin de son président fondateur. Le mouvement a progressivement gagné en influence, trouvant un soutien plus solide en la personne du gouvernement révolutionnaire de Mohamed Siad Barre, arrivé au pouvoir en octobre 1969. Le régime de Barre, animé par ses propres ambitions pan-somaliennes, a apporté au FLCS un soutien financier, diplomatique et militaire considérable, tout en exerçant un contrôle rigoureux sur le front afin de garantir son alignement sur les objectifs d’unité somalienne.

La légitimité internationale du FLCS s’est consolidée en 1963 lorsqu’il a été reconnu par l’Organisation de l’unité africaine (OUA) comme la seule organisation habilitée à représenter la Côte somalienne française au sein des instances internationales. Cette reconnaissance, assortie d’un financement de l’OUA, constituait une victoire diplomatique qui a permis au FLCS de passer d’une insurrection marginale à un mouvement de libération nationale légitime. Le FLCS a également ouvert un bureau permanent à Alger en juin 1973, le deuxième après celui du Caire, en Égypte, obtenant ainsi le soutien d’États arabes tels que l’Algérie et de pays arabes progressistes.

Les activités militaires du FLCS se sont intensifiées à partir de la fin des années 1970. Ses opérations visaient à faire pression sur les autorités françaises et à déstabiliser le gouvernement local d’Ali Aref Bourhan, partisan du maintien des liens avec la France. Parmi ses actions les plus marquantes figure l’enlèvement, en 1975, de l’ambassadeur de France en Somalie, Jean Gueury, échangé contre deux militants du FLCS, Omar Elmi Khayreh et Omar Osman Rabeh. Le FLCS a également revendiqué les attentats contre le bar « Palmier en Zinc » à Djibouti et une tentative d’assassinat contre Ali Aref Bourhan lui-même.

Symbiose avec le LPAI et le Front uni

Tandis que le FLCS menait une campagne armée à l’extérieur, le paysage politique intérieur se redessinait avec la formation du LPAI en février 1972. Le LPAI est né de la fusion de plusieurs partis nationalistes, dont le LPA d’Hassan Gouled Aptidon, le LAO d’Ahmed Dini, l’AJP de Moumin Bahdon et Idriss Farah, et d’autres encore. Point crucial, le LPAI entretenait des liens étroits avec le FLCS, fonctionnant de fait comme son aile politique. Cette symbiose s’est formalisée lorsque le FLCS est devenu la branche militaire du mouvement indépendantiste. Sous la direction de Harbi, le FLCS a même conçu le drapeau qui allait devenir le drapeau national de Djibouti.

Ce front uni – alliant la lutte armée des FLCS et la mobilisation politique du LPAI – s’avéra irrésistible. Le LPAI, sous la direction d’Hassan Gouled, mena l’opposition intérieure au gouvernement d’Ali Aref, tandis que les FLCS constituaient la menace extérieure qui rendait le retrait français de plus en plus attrayant. En 1976, Omar Farah Iltireh, à la tête de son parti UNI, rejoignit le Front uni ainsi formé, tout en participant au dernier conférence de Comité de libération de l’OUA à Lusaka, en Zambie.

Le chemin vers l’indépendance (1975-1977)

Au milieu des années 1970, la dynamique s’est définitivement orientée vers l’indépendance. Début 1977, le LPAI, accompagné de la société civile, de représentants du gouvernement local menés par Abdalla Kamil et de représentants du FLCS, a participé à des négociations à Paris en vue de préparer l’accession du territoire à la souveraineté. Ce processus a abouti aux élections législatives du 8 mai 1977, auxquelles le LPAI-FLCF s’est présenté au sein de la coalition du Rassemblement Populaire pour l’Indépendance (RPI). Le RPI a remporté une victoire écrasante, raflant les 65 sièges au Parlement.

Le référendum du 8 mai 1977 confirma le désir massif d’indépendance de la population. Le 27 juin 1977, la République de Djibouti fut officiellement proclamée, avec Hassan Gouled Aptidon comme premier président, Ahmed Dini comme premier ministre et Hadji Saad Warsame comme premier président de l’Assemblée nationale. La lutte armée du FLCS avait atteint son objectif.

Dissolution et montée en puissance du RPP

L’indépendance acquise, le FLCS et le LPAI n’avaient plus leur raison d’être. Conformément à ses statuts et en raison de circonstances urgentes, le FLCS fut officiellement dissous par un vote majoritaire de son Comité central, deux semaines après le 27 juin 1977. Entre 300 et 400 de ses militants furent intégrés aux nouvelles forces armées djiboutiennes, bien que la présence de combattants non identifiés du Mouvement de libération de Djibouti (MLD), mouvement rival soutenu par l’Éthiopie, n’ait pas été confirmée.

Le LPAI, qui avait mené le territoire à la souveraineté, disparut également près de deux ans après l’indépendance. À sa place, le LPAI, le FLCS et plusieurs autres partis fondèrent ensemble un nouveau parti au pouvoir, le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP), créé à Dikhil le 4 mars 1979. Le RPP fut déclaré parti unique légal en octobre 1981, statut qu’il conserva jusqu’à l’instauration du multipartisme en 1992.

Conclusion

Le FLCS était l’épée qui complétait le bouclier du LPAI dans la lutte pour l’indépendance de Djibouti. Enraciné dans le panafricanisme, le nationalisme somalien et la ferveur anticoloniale, il a fourni le levier armé qui a rendu le retrait français inévitable. Sa reconnaissance par l’OUA et le soutien de la Somalie et des États arabes ont légitimé sa cause sur la scène internationale. Pourtant, comme de nombreux mouvements de libération, le FLCS a constaté que les compétences requises pour la lutte armée ne se transposaient pas toujours à la gouvernance post-indépendance. Sa dissolution, ainsi que celle du LPAI, a ouvert la voie à la consolidation du pouvoir par le RPP, inaugurant une ère de parti unique qui allait définir la première décennie de Djibouti en tant que nation souveraine. L’héritage du FLCS, cependant, perdure – non seulement dans le drapeau (Harbi) et l’emblème nationale (conçus par Hassan Robleh) qu’il a créé, mais aussi dans l’existence même de la République de Djibouti.
Voici les secrétaires généraux successifs du FLCS :
-Mahamoud harbi Farah
-Samod Farah
-Abdillahi ardeyeh abaneh
-Ahmed Elmi
-Aden Robleh Awaleh -Dr Salah Nour.
-Abdillahi Bochari
-Omar Elmi Kheireh.

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