- Advertisements -
Home Business La controverse de Xeer Ciise : le patrimoine culturel au cœur d'une...

La controverse de Xeer Ciise : le patrimoine culturel au cœur d’une tempête politique moderne.

La controverse de Xeer Ciise : le patrimoine culturel au cœur d’une tempête politique moderne :

Dans le paysage politique complexe et souvent tumultueux de la Somalie post-conflit, le patrimoine culturel apparaît à la fois comme un bastion identitaire et un foyer potentiel de conflit. La récente controverse entourant l’inscription à l’UNESCO du Xeer Ciise – un ancien droit coutumier de la communauté Issa – constitue une étude de cas convaincante. Cet incident souligne non seulement la fragilité de la cohésion sociale dans une société aux prises avec les héritages de son passé, mais aussi comment les griefs historiques peuvent être instrumentalisés dans les luttes de pouvoir contemporaines. Le drame qui se déroule à Zaila, ville chargée d’histoire, reflète les profonds bouleversements géopolitiques survenus depuis l’effondrement de l’État somalien en 1991, révélant la complexité de l’identité, de la marginalisation et les conséquences de la manipulation des récits.

Le fondement de la société : Xeer Ciise comme histoire et identité :

Pour comprendre le conflit actuel, il faut d’abord saisir l’importance du Xeer Ciise. Pendant plus de cinq siècles, ce droit coutumier a transcendé la simple codification juridique ; il a servi de cadre constitutionnel, de contrat social et de mécanisme de paix pour la communauté Issa. Issu de la sagesse des sages issas et consolidé au sommet du mont Sitti au XVe siècle, le Xeer Ciise a offert un cadre de vie harmonieuse à une société pastorale émergeant des ruines du royaume d’Adal. Son influence s’est étendue sur un territoire distinct, englobant l’ancienne cité portuaire de Zaila – centre urbain multiethnique et siège historique de l’empire d’Adal – jusqu’aux pôles urbains contemporains tels que Djibouti et Dire Dawa.

Xeer Ciise est réputée pour son esprit inclusif, fonctionnant comme une plateforme non discriminatoire intégrant, entre autres, une part importante de la communauté Gadabuursi, notamment les Maxad Casse. Pendant des générations, ces communautés ont cohabité et prospéré ensemble, caractérisées par des mariages mixtes et des pratiques culturelles partagées. Ce récit historique de coopération constitue un pilier essentiel du discours actuel, contrastant un passé d’unité avec un présent marqué par la division, suggérant ainsi que les conflits contemporains sont artificiellement construits plutôt que de trouver leur origine dans une animosité historique.

Le dénouement : la genèse du grief et de la conspiration :

La désintégration du régime de Siad Barre en 1991 a marqué un tournant dans la désagrégation de ce tissu social. Le vide de pouvoir qui en a résulté a entraîné un réalignement des alliances, rappelant notamment le pacte stratégique passé entre le régime socialiste de Barre et une faction ambitieuse des Gadabursi, suivi d’une alliance entre le Mouvement national somalien (SNM) victorieux et certaines élites gadabursi. Du point de vue des Issas, ces alliances ont été forgées dans le but explicite de marginaliser la communauté issa du Guban. La première alliance visait à déplacer la population issa en représailles à son refus de rejoindre la lutte armée contre les tribus Isaaq (SNM) et à ouvrir la voie à des politiques hostiles à l’encontre du Djibouti indépendant pour non-adhésion à l’union.

L’alliance ultérieure avec le SNM fut alimentée par la crainte que la République de Djibouti, où se trouvait un gouvernement à majorité issa, ne cherche à annexer le district de Zaila. Cette suspicion justifia ainsi une action concertée visant à démanteler les moyens de subsistance et l’influence politique des Issas, ainsi qu’à s’approprier leurs terres. Les actions du régime de Barre et du SNM exacerbèrent les troubles civils dans la province d’Awdal, motivées par des intérêts perçus comme stratégiques.

La présidence de Dahir Rayaale a marqué un tournant décisif, où l’ordre constitutionnel a été mis à mal, entraînant le « démembrement » du district de Zaila de 1960. Cet acte n’était pas une simple réforme administrative ; il s’agissait d’une stratégie calculée visant à renforcer le pouvoir politique de sa propre tribu, au détriment direct de l’intégrité territoriale et des droits politiques des Issas. Ce démembrement a marqué le début d’une nouvelle ère de privation de droits systémique pour la communauté Issa, qui a subi des atteintes multiples à ses droits au cours des décennies suivantes :

1. Exclusion politique : Les inscriptions électorales manipulées, la fermeture (liste d’exclusion) des bureaux de vote et les élections truquées ont effectivement réduit au silence les Issa, les laissant sans représentation dans les organes législatifs et exécutifs.

2. Négligence économique et sociale : Le refus d’opportunités d’emploi, de projets de développement et de services sociaux a renforcé leur statut de citoyens de seconde classe, marginalisant davantage leur communauté.

3. Fragmentation territoriale : Le démembrement illégal de leur district administratif ancestral (Zaila) a rompu l’intégrité de leur territoire historique gouverné par Xeer Ciise, approfondissant leurs griefs.

Le point d’éclair de l’UNESCO : la culture comme vecteur de conflit :

L’inscription de Xeer Ciise au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO devait être un moment de célébration pour la communauté Issa et une reconnaissance de ses contributions culturelles à l’humanité, une fierté incontestée pour l’identité somalienne. Au lieu de cela, elle est devenue, de manière inattendue et arrogante, un point de friction. Pour les Issa, cette reconnaissance constituait une reconnaissance légitime de leur patrimoine ; pour leurs adversaires, elle a été perçue comme une affirmation de propriété exclusive, une étape vers la légitimation de revendications historiques sur des territoires présentés comme contestés.

La réaction fut immédiate et violente. Des « agressions provocatrices » éclatèrent à Zaila, accompagnées d’« insultes orchestrées et d’une propagande déchirante » à Borama et ailleurs. Les demandes spécifiques adressées au ministre de l’Intérieur – l’annulation des célébrations à Zaila, l’éviction du nouveau gouverneur régional de Selel et la fermeture de l’internat de Zaila – n’étaient pas de simples protestations, mais plutôt l’expression de profondes frustrations de groupes estimant que leurs objectifs d’accaparement des terres avaient été contrecarrés grâce à la patience, à la résilience et à la détermination des Issa à rester fermes sur leur territoire, malgré les provocations et les machinations sournoises. La célébration de l’inscription culturelle de Xeer Ciise fut présentée comme un acte de provocation, révélant la profondeur du fossé artificiellement créé entre les communautés.

La main invisible et le chemin à suivre :

Au cœur de cette rupture de relations historiquement amicales, le récit introduit la notion convaincante d’une « main diabolique d’un tiers ». Cette théorie postule que l’absurdité du conflit, compte tenu notamment de la longue histoire des liens familiaux entre les Issas et les Gadabuursis, suggère une manipulation externe. Si les détails restent flous, cela implique l’implication d’acteurs régionaux ou d’autres intérêts particuliers exploitant les divisions tribales locales importées à des fins géopolitiques plus vastes – une tactique courante dans la Corne de l’Afrique.

Malgré la gravité du contexte, la conclusion affiche un optimisme prudent. Elle souligne la responsabilité des dirigeants Issa et Gadabuursi de « lutter pour retrouver l’harmonie ». Cette perspective reconnaît que la solution doit s’ancrer dans l’action locale, portée par une mémoire collective de coexistence pacifique antérieure aux machinations politiques actuelles. C’est un appel à transcender les conflits immédiats et à se souvenir de siècles de vie commune et de mariages mixtes, suggérant que les liens sociaux, bien que tendus, ne sont peut-être pas irrémédiablement rompus.

De plus, le gouvernement du Somaliland a la responsabilité cruciale d’assurer le succès et la sécurité des événements culturels qui célèbrent légitimement le patrimoine, car la stabilité de la région pourrait dépendre de telles initiatives. Une approche proactive du patrimoine culturel, privilégiant l’unité plutôt que la division, pourrait ouvrir la voie à la réconciliation et à l’apaisement. La Xeer Ciise, plus qu’une simple relique du passé, a le potentiel de servir de témoignage vivant des possibilités de coexistence dans un paysage divisé.

Conclusion:

La controverse autour de Xeer Ciise illustre l’interaction complexe entre patrimoine culturel et identité politique au Somaliland contemporain. Elle rappelle le pouvoir des récits historiques sur le présent et leur capacité à favoriser l’unité ou à attiser les conflits. Alors que les communautés Issa et Gadabuursi naviguent dans leurs histoires complexes, la voie vers la réconciliation nécessitera un engagement à reconnaître les héritages communs et à favoriser un dialogue inclusif. Dans une région marquée par la division, la renaissance de Xeer Ciise comme symbole du patrimoine culturel pourrait ouvrir la voie au rétablissement de l’harmonie et à la construction d’un avenir plus solidaire.

- Advertisment -

Most Popular

The Miscalculation: An Essay on Hegemony, Hubris, and the Unyielding Institution

The Miscalculation: An Essay on Hegemony, Hubris, and the Unyielding Institution In the annals of history, the interplay between power and hubris often unfolds with...

Les erreur de calcul : un essai sur l’hégémonie, l’hubris et l’institution inflexible

Les erreur de calcul : un essai sur l'hégémonie, l'hubris et l'institution inflexible Dans les annales de l'histoire, l'interaction entre puissance et orgueil se déroule...

The Fog of War: America’s Reckless March Toward the Abyss

The Fog of War: America's Reckless March Toward the Abyss No war in history has begun shrouded in such profound ambiguity as the one now...

Le brouillard de la guerre : la marche inconsidérée de l’Amérique vers l’abîme

Le brouillard de la guerre : la marche inconsidérée de l'Amérique vers l'abîme Jamais dans l'histoire une guerre n'a débuté dans une telle ambiguïté que...