L’insaisissabilité de la victoire à Gaza et en Ukraine :
Il s’agit d’une analyse approfondie et multidimensionnelle qui aborde la nature intemporelle de la victoire, les réalités modernes de la guerre et la dynamique géopolitique complexe de deux conflits majeurs. L’analyse associe les concepts classiques de la guerre (croyance, intellect et armement) à la théorie stratégique contemporaine.
En décomposant et en développant les points de la Triade Classique : Croyance, Intellect-Intelligence- et l’Épée, nous ouvrirons avec l’affirmation comme thèse : « La victoire ne vient pas toujours avec les chiffres, elle a besoin du concept holistique : croyance, intellect et épée ». Mis ensemble.
Dans un contexte militaire et stratégique, la « croyance » désigne l’esprit, le fondement moral et idéologique. C’est la raison du combat. Elle confère une détermination inébranlable, un objectif commun et la volonté d’endurer des épreuves extrêmes. Une armée forte de convictions ne se brise pas facilement ; elle combat avec conviction, au-delà des simples ordres ou de la solde.
Intellect : Cela signifie « intelligence » ou « raison ». C’est l’intelligence stratégique et tactique appliquée à la guerre. Elle englobe la planification, la logistique, la tromperie, l’adaptation, la ruse et les manœuvres brillantes qui permettent de devancer l’ennemi. C’est l’application de l’esprit sur la matière.
Épée : Cela signifie « équipement ou armement ». C’est l’instrument matériel de la force : le matériel militaire, les soldats entraînés, l’application physique de la violence. C’est la puissance tangible qui exécute les plans nés de l’intellect et motivés par la croyance.
Une victoire est plus complète et durable lorsque ces trois éléments sont en harmonie. Une armée puissante (l’épée) sans stratégie intelligente (l’intellect) peut être vaincue par une force plus faible mais plus intelligente. Une armée forte et un plan solide, sans conviction unificatrice, peuvent manquer de résilience pour un conflit prolongé et sanglant.
Application à l’Ukraine et à Gaza ; un duel géopolitique de puissances nucléaires :
Cette analyse des deux conflits est pertinente. Il ne s’agit pas d’événements isolés, mais plutôt de deux théâtres d’une confrontation plus large entre grandes puissances, où l’ombre d’une escalade nucléaire dicte les limites de l’action.
1. La guerre en Ukraine : un affrontement de volontés et une ligne rouge :
Position de la Russie (conviction et risque existentiel) : Comme indiqué, Poutine a présenté cette guerre comme une guerre existentielle pour la sécurité et l’identité historique de la Russie. Cela constitue une conviction profonde en faveur de l’effort de guerre russe. Leur « argument juridique solide » (de leur point de vue), fondé sur l’expansion de l’OTAN et la protection des russophones, est la conviction utilisée pour justifier la guerre. Le facteur le plus critique ou clé peut être identifié : « La Russie ne peut être poussée trop loin. » Il s’agit de l’ombre nucléaire. La doctrine russe autorise l’utilisation en premier si l’existence de l’État est menacée. Cela crée une asymétrie fondamentale et un « plafond » quant au type de victoire que les alliés de l’Ukraine peuvent viser. Une déroute militaire totale des forces russes sur le sol russe est considérée comme exclue en raison de ce risque existentiel.
Le dilemme de l’Occident (intellect contre croyance) :
L’Occident croit en la défense d’un « ordre international fondé sur des règles » et de la souveraineté ukrainienne. Sa stratégie consiste à fournir juste assez d’armes pour permettre à l’Ukraine de se défendre et d’affaiblir les forces russes, tout en les calibrant prudemment pour éviter de franchir les lignes rouges nucléaires russes. C’est pourquoi certains hésitent à fournir certaines armes à longue portée. C’est pourquoi le président Trump, conscient de cette réalité, privilégie un règlement négocié plutôt qu’une victoire totale de l’Ukraine. Les alliés européens, quant à eux, semblent jouer avec le feu et militent pour une victoire militaire plus complète. Cela met en évidence le conflit interne au sein de l’Occident entre conviction idéologique et prudence stratégique.
La victoire en Ukraine sera donc probablement négociée. Elle sera déterminée par la volonté (la conviction) et l’endurance du camp qui cédera le premier sous la pression de l’attrition (l’armement), dans les limites fixées par la menace nucléaire. Une victoire décisive sur le champ de bataille, annihilant l’autre camp, est improbable.
2. La guerre à Gaza : conflit asymétrique et calcul moral :
Position d’Israël (armement et intelligence) : L’objectif affiché d’Israël est la destruction des capacités militaires du Hamas. Cet objectif est résolument axé sur l’application d’une puissance écrasante, guidée par une logique de dissuasion et de sécurité absolue. Comme indiqué, sa position morale et juridique est fortement contestée à l’échelle mondiale. L’ampleur des dégâts confirme que l’impact humanitaire est « presque nucléaire », même si l’armement est conventionnel.
Position du Hamas (croyance) : La force du Hamas réside presque entièrement dans sa conviction – une résistance idéologique profonde. Son armement est largement inférieur, et son intelligence repose sur une guerre asymétrique et des réponses provocatrices qui lui permettent de remporter la guerre politique et informationnelle plus large. Sa « victoire » ne se définit pas par la conservation d’un territoire, mais par sa survie, la délégitimation d’Israël et le maintien de sa cause à l’ordre du jour mondial.
Le rôle des États-Unis et la retenue des grandes puissances : Les États-Unis sont directement impliqués en tant que principal soutien d’Israël, fournissant une couverture diplomatique, des armes et des financements. Pourtant, comme on l’a observé, la Russie et la Chine, tout en condamnant Israël, se gardent bien d’escalader directement la situation. Elles exercent peut-être des pressions diplomatiques et économiques, mais évitent toute action susceptible de déclencher une confrontation directe et incontrôlée avec les États-Unis. Elles font preuve d’intelligence stratégique, sachant que le conflit de Gaza, bien que tragique, ne représente pas leur intérêt existentiel fondamental et ne justifie pas qu’une guerre plus vaste soit risquée.
La victoire à Gaza est encore plus difficile à obtenir. Même si Israël atteint son objectif militaire d’affaiblir le Hamas, il pourrait échouer lamentablement dans la bataille stratégique et morale. L’abandon de l’objectif à long terme d’Israël – l’expansion ou la conquête de la Palestine en tant qu’État juif unique, une existence sûre et pacifique – semble plus lointain que jamais. Une véritable victoire nécessiterait une solution politique qui s’attaque aux problèmes sous-jacents, solution actuellement absente. Dans ce contexte, le concept de solution à deux États est sans alternative ni équivalent.
Conclusion : La nature de la victoire moderne :
Cette analyse mène à une conclusion cruciale sur la victoire au XXIe siècle.
À l’ère des intérêts mondiaux interconnectés et des armements existentiels, le modèle classique de la victoire – la défaite militaire totale de l’ennemi – est souvent inaccessible, voire pyrrhique.
En Ukraine, la victoire est redéfinie, passant de « gagner » à « ne pas perdre », dans un contexte d’escalade maîtrisée. La sagesse réside ici dans la capacité intellectuelle à comprendre qu’une issue négociée, aussi imparfaite soit-elle, est préférable à une escalade catastrophique.
À Gaza, les indicateurs de la victoire sont partagés. Une victoire militaire pour l’un des camps n’équivaut pas à une victoire stratégique ou morale. Les principes de moralité, de droits de l’homme et de droit international ne sont pas seulement des préoccupations éthiques ; ils sont devenus des éléments essentiels du champ de bataille informationnel et politique où se joue la « victoire » ultime de la légitimité.
En fin de compte, une victoire durable ne s’obtient pas par la seule force de l’épée. Elle s’obtient lorsque l’application de la force (l’épée) est guidée par une stratégie intelligente (l’intellect) et est finalement légitimée par une issue politique juste et durable – expression moderne d’une foi juste et acceptable par la communauté internationale. Dans les deux conflits actuels, une victoire totale demeure malheureusement hors de portée. En Ukraine, la position russe l’emportera certainement, tandis qu’à Gaza, Israël ne remportera pas une guerre fondée sur une idéologie extrémiste.



